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Du bol de soupe à La Borne

Un moment pour se concentrer sur la terre. Celle qui nous nourrit. Celle avec laquelle nous produisons les objets du quotidien, surtout ceux qui servent à nous nourrir.

C’est ici que je commence enfin de vous parler de la dimension ‘pots’ de ce blog qui jusqu’ici s’est concentré sur sa dimension ‘popote’.

Un moment pour se concentrer sur la terre. Celle qui nous nourrit. Celle avec laquelle nous produisons les objets du quotidien, surtout ceux qui servent à nous nourrir. Celle avec laquelle nous produisons des objets qui font les rites de tous les jours.

J’ai fait le chemin de La Borne qui allume ses ‘Grands Feux’ cette semaine. Aller voir ces feux est une sorte de pèlerinage des passionnés de poterie.

La Borne, c’est ce village berrichon au fond des bois, spécialisé depuis des siècles dans la production de poterie.

Au siècle dernier c’est devenu un lieu où des artistes de l’argile ont pris un peu le relais des producteurs de pots utilitaires populaires en grès dont l’usage a disparu avec la réfrigération et l’arrivée du plastique pour stocker la nourriture : saloirs, pots à graisse, vinaigriers, terrines, grésales, pichets, assiettes.

Sans oublier les grandes bassines à lessive en terre cuite que l’on retrouve au musée aujourd’hui – ne crachons pas sur les machines à laver ! - tandis que les saloirs de jadis décorent les jardins et patios d’entrée.

Grande bassine en grès, 19e siècle. La Borne. Octobre 2026 au musée.
Grande bassine en grès, 19e siècle. La Borne. Octobre 2026 au musée.
Saloirs en grès dans une cour intérieure, La Borne, octobre 2026.
Saloirs en grès dans une cour intérieure, La Borne, octobre 2026.

Ici à La Borne, les frontières entre l’utilitaire et l’artistique sont laissées floues. Délibérément. Et c’est très bien comme ça. Au niveau artistique, il y en a pour tous les goûts, mais généralement la qualité est au rendez-vous.

Cette synthèse entre l’utile, le beau et le rituel d’accueil, est réussie au moment des grands feux.

Le visiteur est invité à acheter un bol mis à disposition par les artistes membres de l’association des céramistes de La Borne. Avec ce bol vous allez chercher une portion de soupe distribuée par les organisateurs. La première portion est gratuite, les suivantes distribuées en retour du règlement de la somme modique d’un euro.

On papote entre inconnus autour de la tente où se distribue la soupe, le visiteur se sent accueilli.

Puis cette visiteuse va voir les fours, observer les enfournements, défournements, se joindre aux papotages autour des gestes d’alimentation de fours et de contrôle des flammes et de fumée.

Le nombre de fours à bois concentré sur une aire petite - un village et ses alentours boisés – est impressionnant.

Une tristesse m’atteint quand je vois le nombre de grands fours à bois de tradition française, jadis alimentés par des manufacturiers de pots utilitaires, désormais à l’abandon. Souvent cachés dans des hangars, ce sont des sortes de dragons chthoniens à la galerie en brique réfractaire, où tient un humain debout. Ils sont alimentés par des branches et bûches d’un côté, pour recracher feu et fumée de l’autre côté.

La pratique des fours à bois s’est individualisée. Ils sont plus petits désormais.

On importe des méthodes de cuisson d’Asie et d’ailleurs. La grande affaire en ce moment c’est le four anagama – pour moi c’est un ‘anaconda’ de brique et argile à plusieurs chambres. Les céramistes partagent la place dans le four et les moments de cuisson sur la base de leurs affinités électives.

Je mangerai donc un bol de soupe tous les jours cette semaine pour célébrer l’art de cuire la terre, et ce quelle que soit l’époque.

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