Paris Gare du Nord
Quartier-lieu de passage. Nœud ferroviaire où se croisent les longs fils des vies humaines posant furtivement pied sur le parvis.
Les voyageurs pressés empruntant taxis, Uber, métro. Ou passant une nuit dans une chambre mal aérée à l’hôtel entre deux correspondances.
Les échoués-là par misère ou toxicomanie.
Les bien plus riches passagers de la brasserie Terminus Nord attendant leur train Eurostar retardé se repaissant d’une coupe ou d’une demi-douzaine d’huîtres. Le genre d’endroit où on croise le frère de l’actuel président de la République – chose qui m’est personnellement arrivée.
Les installés-temporairement avant de continuer leur chemin ailleurs dans le pays ou en Europe, ou bien d’entamer l’ascension sociale française par les sombres escaliers de service. En d’autres termes, les immigrés.
Quartier Gare du Nord donc.
Ses vagues successives d’humains du sous-continent Indien. Au fil de mes presque trois décennies de fréquentation et vie parisiennes : les anciens de Pondichéry suivis de ceux d’Inde du Sud. Puis les Tamouls du Sri Lanka. Le Pakistan. Le Bangladesh. Chacun ses bouts de trottoir et pâtés de maisons bien définis.
Ce coin est un lieu de vie pour moi aussi, depuis tant d’années que je passe nos frontières européennes par la voie ferrée – la Manche, les plaines flamandes - pour replonger dans Paris et maintenant les tréfonds de la France.
Il faut manger là. Repérer les adresses à mobilier fruste, à éclairage au néon moche, avec un évier dans le couloir allant vers les sanitaires pour ceux qui se lavent les mains avant et après un repas pris avec les doigts.
Le Bengali qui sert un bon plat de lentilles - dal- épicé accompagné d’une galette naan pour pas cher.
Et puis pour les nostalgiques des cantines végétariennes du Sud de l’Inde : il y a Arya Bhavan rue du Faubourg Saint-Denis.
Cette semaine, nous étions deux. Echoués là le temps d’un soir après un énième Eurostar retardé.
Pour Monsieur, un masala dosa authentique et ses quatre sauces à tremper. Une crêpe à base de riz et lentilles fermentés, servie en général au petit déjeuner ou en guise d’en-cas. Que du bonheur.

Pour moi deux parathas feuilletés comme je ne saurais jamais les faire, avec un écrasé de pommes de terre épicé (aloo masala) et un korma ou curry crémeux de chou-fleur. Mangé avec les doigts de la main droite comme ça se fait dans les cantines d’Inde du Sud.

Le bonheur est bien dans la cantine indienne et dans les plats servis sur plateaux métalliques.
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